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Franz Werfel et « Les 40 jours du Mousa Dag » - Tromperie

mardi 30 octobre 2012, par Redacteur

L’histoire de la genèse du Roman de Franz Werfel « Les 40 jours du Mousa Dag » est celle d’une imposture sans précédent. D’abord les Arméniens que Franz Werfel fréquentait à Vienne le dupaient en lui soumettant les doniers Andonian entièrement faussés : (nous en parlons en détail dans un chapitre de ce livre) Werfel, en écrivant son oeuvre péchait donc par la base : il supposait qu’il y aurait eu un ordre d’extermination turc contre les Arméniens.

Et puis s’ajoutait une nouvelle imposture : On faisait croire à Werfel que les hommes du Mousa Dag n’auraient été que des agneaux sans armes, conduits à l’abattoir par les Ottomans. En vérité il s’agissait d’Arméniens bien armés qui étaient étroitement liés avec les Français, les Anglais et les Arméniens en exil. Par leurs dirigeants, qui n’étaient pas des paysans, mais des terroristes experts de la région de Van, ils savaient fort bien que leur but serait l’interruption des communications à l’intérieur de l’Empire ottoman et la fondation d’un état arménien. Ces aspirations méritent peut être notre respect et on a le droit de les qualifier de légitimes et tout à fait normales dans l’ordre d’une « lutte de libération ». Ce qui n’est pourtant pas légitime, c’est l’attitude des dirigeants arméniens d’aujourd’hui qui font semblant de croire que pendant la Première guerre mondiale leurs compatriotes auraient été chassés de leurs bases militaires sans raison. Ils menaient une guerre, de l’extérieur ainsi que de l’intérieur. Et ils ont perdu cette guerre. C’est tout. Les innombrables victimes innocentes - femmes, enfants, vieux - qui perdirent leur vie dans cette guerre ne tombent pas sous la responsabilité des Ottomans, mais exclusivement sous celle des dirigeants du Millet arménien qui avaient poussé leurs
victimes innocentes dans un combat désespéré dès le début. Et puis il y a une imposture dans les traductions anglaises et françaises du livre.

Le traducteur omet des passages clés qu’on trouve dans l’original allemand, sans en informer le lecteur. Nous allons analyser de près ces omissions : Elles prouvent que les reproches contre les Ottomans dans le roman de Werfel manquent de consistance.

Omission 1

Original allemand, page 354, en traduction française (Omission page 303, édition française.)
« L’armée du Caucase, les corps d’élite, parsemaient un vaste champ de squelettes qu’on n’avait pas enterrés, les cols et les vallées massif sans chemin.

Les Russes étaient déjà sur la frontière de la Perse, le visage tourné vers Mossoul et donnaient la chasse à Djemal Pasha, le fameux général des massacres et beau frère d’Enver Pasha. Les Anglais avec leurs Hindous et Gurkhas serraient déjà la Mésopotamie. La grandiose expédition du Suez de Jemal s’était littéralement
perdue dans les sables. Les sables du désert avaient engouffré les hommes et le matériel. En même temps, les alliés sur la presqu’île de Gallipoli, appuyés par les canons gigantesques de leurs flottes, s’apprêtaient déjà à’enfoncer les portes de Stamboul. »

Et :

« Peut-être la pire situation se montrait dans la zone de l’étape de la quatrième armée, en Syrie : Parce que Djemal Pasha, en préparant sa deuxième expédition de Suez, concentrait peu à peu toutes les forces disponibles en Syrie. Quoi qu’il en soit, des télégrammes demandant des renforts en soldats, matériel et approvisionements arrivaient sans cesse de Damas et de Jérusalem. »

Résultat :

A l’aide de ces omissions, on voile au lecteur dont on ne suppose pas une connaissance suffisante de la détresse où se trouvait l’Empire ottoman en 1915, la détérioration rapide de la situation derrière le front et aussi la nécessité du transfert des populations arméniennes face à une lutte de vie et de mort.
La manière dont les Arméniens agissaient derrière le front ottoman est illustrée par des documentations fotographiques.

Omission 2

Original allemand : page 351-352, traduction française (omission page 301, édition française.)
L’ordre de translocation fut directement causé par un évènement terrifiant :
La révolte des Arméniens à Van, derrière les lignes des troupes ottomanes qui désespérément se défendaient contre l’invasion russe.

Il faut ajouter à ce scénario le fait que les Russes chassaient devant eux la population islamique du Caucase et Formation des soldats de la « légion d’orient » (par la suite « légion arménienne ») près du canal de Suez. Cette légion avait été formée presqu’uniquement avec des partisans du Mousa-Dag Ce camp fut par la suite transféré sur l’île de Chypre car l’Entente espéra augmenter ainsi sa force de frappe dans la région cilicienne. Le fanatisme des insurgés du Mousa Dag promettait d’être particulièrement efficace. Mais ce qui suivit ne correspondit pas aux espérances : la légion arménienne fit preuve d’une cruauté farouche et d’un manque de discipline à ce point flagrant qu’il devint nécessaire de la dissoudre.

De toute évidence, Franz Werfel a succombé à la version arménienne qui prétend que la rébellion de Van qui demandait près de 30.000 vicetimes musulmanes, aurait été une conséquence de l’ordre de translocation, une sorte d’anticipation des événements du Mousa Dag.
Depuis longtemps, des historiens arméniens savent très bien qu’il n’en était pas ainsi ... D’abord la rébellion de Van, et après l’ordre de translocation !

Pour tromper les lecteurs qui ne se doutent de rien, on procédait à l’omission suivante dans le texte français :

« ... car dans ce cas il s’agissait de villes arméniennes peuplées, dont l’insurrection éclata sous le signe de la marche en avant des troupes russes. La rébellion désespérée de Van face à l’ennemi de l’Empire avait même un effet tout à fait désirable sur le plan politique car il fournit un merveilleux prétexte pour justifier devant le monde entier à posteriori les crimes qu’on avait commis envers le millet arménien : Voici les preuves irréfutables que les Arméniens sont coupables de haute trahison et qu’il fallait se libérer d’eux. La raison d’état n’avait jamais la moindre difficulté de sauter une volte gracieuse entre la cause et l’effet.
La mauvaise conscience du monde qui n’en est pas moins paresseuse d’esprit, la presse des diverses groupes de pression et les cerveaux des lecteurs que celle-ci a châtrés ont toujours manipulé les faits selon les besoins de l’instant. »

Omission 2A

Original allemand : page 674, traduction française (Omission page 551.)
Au milieu d’une omission importante de quelques pages on trouve une phrase clé de Franz Werfel :

« Chose étrange, partout où les Arméniens se révoltaient contre Enver et Talat, une force salvatrice se manifestait et décidait la situation en faveur des braves.
Certes, les gens du Mousa Dag ne pouvaient pas, comme les insurgents de l’Anatolie orientale, de Van et de Bitlis compter sur l’arrivée des Russes qui étaient en train de chasser devant eux l’enemi mortel des Arméniens, le général Djemal Pascha. La houle de l’énorme pays islamique autour d’eux leur semblait encore plus impitoyable que celle de la mer. »

A cet endroit on cache au lecteur français un fait que l’instinct poétique de Franz Werfel a très bien compris. Les rébellions des Arméniens derrière les lignes ottomanes ont éclaté pour faciliter la progression de l’ennemi de l’Empire : cela se passait à Van et dans l’Anatolie occidentale si vulnérable, à Adapazari, Yalova ou Izmit, quelques kilomètres seulement derrière le front des Dardanelles, désespérément défendu par les Ottomans et leurs alliés.

Omission 3
Original allemand : pages 357 et 833, traduction française (Omission pages 305 et 670.)
Pour égarer le lecteur, même les pagnes minuscules qui pourraient à la rigueur éveiller des sentiments de sympathie a l’égard des généraux ottomans, ont été éliminées.
Une fois il s’agit de Djemal Pasha qui, comme on peut en apporter la preuve, a tout fait pour aider les misérables personnes déplacées en Syrie, une autre fois le verdict tombe sur le général de brigade Ali Riza qui, dans un L’entrée du camp arménien de Port Said. C’est parmi sa population dialogue avec le Kaymakam se montre peu enthousiaste à propos de « Ittihad ». Dans l’image métaphorique de Werfel, cela équivaudrait à un général de la Wehrmacht allemand qui, bien qu’il se conforme à ses devoirs de soldat, ferait des déclarations anti-nazis vis à vis d’un Gauleiter.

« Quand le grand nom tomba, diverses opinions se manifestèrent parmi les conseillers. Un des Nudirs les plus jeunes allait jusqu’à prétendre que Dschemal Pasha, malgré son rôle important au gouvernement, ne serait pas tout à fait digne de confiance en ce qui concerne les Arméniens. N’avait-il pas pactisé avec eux à Adana ? »

Omission 4
Original allemand : page 61, traduction française ; (Omission page 63.)
En apparence, il ne s’agit que d’une phrase de moindre importance. Mais en vérité nous avons affaire à une des manipulations les plus réfléchies de la propagande arménienne : On a toujours prétendu que vers l’an mille les Turcs ont détruit, en Anatolie orientale un « Empire arménien » avec Ani, sa capitale.
Dans le pamphlet de guerre d’Aram Turabian (1917) on peut lire cela de la manière suivante :

« Leur magnifigne capitale d’Ani dont j’ai visité les ruines ... Dynastie et capitale sombrèrent au onzième siècle, sous les coups répétés des invasions des Turcs seldjoukides. » (page 50) Comme il est sûr que Werfel a connu ce pamphlet, il se référait aussi à cette « information ».

Mais entretemps, le fait qu’Ani n’avait pas été envahi par les Seldjoukes mais, toute une génération avant, par les Byzantins ne peut plus être discuté (lorsque les Seldjoukes arrivèrent en Anatolie orientale, il n’y avait plus la moindre trace d’un état arménien, même demi-souverain.) C’est pourquoi les éditeurs des 40 jours de Werfel ont fait disparaître ses paroles poétiques sur Ani...

« ... Ani, la capitale avec ses mille comme une merveille du monde ... »

Omission 5
Original allemand : page 358, traduction française (Omission page 305.)
Plutôt en passant Franz Werfel fait mention du fait que les Arméniens cultivés - il y en avait beaucoup - s’étaient entièrement intégrés dans la société ottomane et qu’ils parlaient, selon son expression délicieuse « un français discret ». Tout cela montre bien que rien ne leur manquait.
Ce passage qui illustre la vie tranquille des Arméniens au sein de la société turque ne trouve pas grâce aux yeux de ceux qui ont manipulé le texte français, paru chez Albin
Michel. On pourrait se demander, du moins inconsciennent qui aurait pu organiser et provoquer les rébellions arméniennes dans l’Empire ottoman.
Les instigateurs ne se trouvaient vraiment pas parmi les Arméniens de l’Empire Ottoman, mais dans la sécurité de l’exil, à Boston, Paris ou Saint-Petersburg - ce qui se répète de nos jours : Les actes de terrorisme ne sont jamais organisés et exécutés par des Arméniens de Turquie.

Werfel : « Idée étrange, que cet enfant, si un sort mystérieux ne l’avait pas conduit en Syrie, n’aurait jamais ressenti la force vitale de la consanguinité avec son peuple, qu’il serait resté étranger à l’essence intime de lui-même. »

- Télécharger le dossier complet "UN MYTHE DE LA TERREUR" de Erich Feigl