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Echange télégraphe entre 1876 et 1880

vendredi 2 novembre 2012, par Redacteur

Sir H. Elliot au Marquiw de Derby
Nr. 1337
CONSTANTINOPLE, 7. 12. 1876
(reçu le 15. 12. 1876)

My Lord,
Le patriarche arménien m’a rendu visite hier. La raison de sa visite a été d’exprimer son souhait au nom de la communauté chrétienne dont il est le représentant, que la Conférence ne se contentera pas d’exiger que le Sublime Portail fasse des concessions uniquement aux régions qui se sont soulevées, mais également à celles qui sont restées calmes. Je lui répondis prudemment, et
lui expliquai que le but de la Conférence était de rétablir l’ordre dans les provinces qui menaçait la paix, et non pas de régler l’administration de l’Empire ottoman.
Le Patriarche me rétorqua que sa nation était très excitée, et que si une insurrection s’avérait nécessaire pour s’assurer la sympathie des états européens, il ne voyait aucun problème à créer un pareil mouvement.
(Le reste de la lettre parle d’émigrants tcherkesses qui furent forcés de quitter l’Asie pour l’Europe.)

Formule finale
Henry Elliot

N° d’archive : F. O. 424/46, p. 205-206, Nr. 336


Lettre du ministre des affaires étrangères destinée à l’ambassadeur de Sa Majesté.
Le Marquis de Salisbury à Mr. Layard.

Foreign Office, 30 mai 1878

Sir,
Le progrès des négociations secrètes qui sont menées depuis quelque temps entre le gouvernement de Sa Majesté et le gouvernement de Russie, fait paraître probable la modification des articles du traité de San Stefano qui concernent la Turquie européenne, de façon à les accorder avec les intérêts des puissances européennes et en particulier avec ceux de l’Angleterre.

Néanmoins, il n’y a pas lieu de croire à de tels espoirs en ce qui concerne la part du traité ayant trait à la Turquie asiatique.

Manifestement, en ce qui concerne Batoum et les forteresses au nord des Araxes, la Russie n’est pas disposée à renoncer aux concessions qui lui avaient été faites par le sublime Portail.

(Au fil de cette lettre excessivement détaillée, il sera question de l’intention des Russes de se servir des forteresses de Batum, d’Ardhan et surtout de Kars afin « d’exercer une forte influence et de dissoudre les dominations asiatiques du Portail ».)

Les conclusions surprenantes et véritablement impérialistes que l’on peut tirer des ambitions expansionnistes russes sont les suivantes :

Je prie votre Excellence de proposer au sublime Portail d’accepter la convention suivante et je vous accorde plein-pouvoir pour conclure ce traité au nom de la Reine et du gouvernement de Sa Majesté : « L’Angleterre s’engage à assister par la force des armes le Sultan si la Russie demeure soit à Batum, Ardahan ou Kars et au cas où la Russie déclencherait une tentative d’occuper d’autres parties des territoires asiatiques du Sultan.

En contrepartie, le Sultan s’engage à introduire les réformes nécessaires (qu’il conviendra de négocier plus tard entre les deux puissances), concernant le gouvernement des Chrétiens et d’autres sujets de ces territoires de Portail, et, afin de créer les conditions favorables permettant à l’Angleterre de respecter son engagement, le Sultan consent à l’occupation et l’administration de l’île de Chypre par l’Angleterre. »

Je suis, etc. ... (formule finale)

SALISBURY

N° d’archive : Turkey Nr. 36 (1878), p. 1-2, Nr. 1


Sir A. H. Layard au Marquis de Salisbury
No. 211. Confidentiel
CONSTANTINOPLE, 17 février 1880 (arrivé à Londres le 26 février 1880)

My Lord,
Le patriarche grégorien Mgr. Nercès se plaint continuellement auprès de moi du mauvais traitement et des injustices que subissent les Arméniens dAsie mineure. Il m’exhorte d’obtenir pour eux une réforme de l’administration ainsi que des réparations. Il entreprend des démarches semblables auprès de l’ambassade d’Allemagne et sans aucun doute auprès d’autres ambassades.

Désirant alors disposer de plus amples renseignements, je dépêchai Sir A. Sandison auprès de sa Béatitude afin de connaître son opinion, dans la mesure où elle concerne une amélioration de la condition des Arméniens, et les exigences de ces derniers afin de m’assurer certaines chances de réussite auprès du Sublime Portail. J’estimai qu’il s’agissait là d’une occasion favorable de me conformer aux directives que votre Excellence me fit parvenir dans la lettre confidentielle et secrète numéro 79 du 2 de ce mois, selon lesquelles il me faut accorder mes démarches concernant la question arménienne avec le Chargé d’Affaire allemand.

Le comte Radolinski (le Chargé d’affaire allemand) acquiesça immédiatement à ma proposition et offrit de joindre le premier traducteur auprès de l’Ambassade allemande, Monsieur M. Testa à Sir A. Sandison pour sa visite auprès de Mgr. Narses.

J’ai l’honneur de joindre à ma lettre un mémoire rédigé par Sir Alfred. Ce mémoire est le résultat de la visite auprès de sa Béatitude, je suis sûr que votre Excellence le lira avec intérêt.

J’ai déjà exprimé mon avis à savoir qu’il ne sera pas toujours possible d’exiger du Sublime Portail qu’un Arménien soit nommé gouverneur de la province d’Erzeroum. Cette nomination constituerait en soit un premier pas vers une autonomie à laquelle le gouvernement turc ne peut pas acquiescer.

Par ailleurs il me semble que les Arméniens n’ont pas le droit de maintenir cette exigence. Le désir que cette fonction soit accordée successivement à un Musulman et à un Chrétien représente une alternative différente qui me paraît acceptable. Rustem Pacha a donné son accord à une solution de ce genre mais il a été obligé de démissionner récemment à cause de son état de santé.

Il est peu probable que le Sublime Portail donne son accord à la création d’une province autonome arménienne.

Je suis par ailleurs persuadé qu’une pareille solution ne représente pas un avantage réel pour les Arméniens.

Les Arméniens oublient, quand ils citent Roumélia comme précédent, que les Chrétiens constituaient dans cette province une majorité écrasante par rapport aux Musulmans. Le contraire est vrai dans presque toutes les autres provinces de la Turquie asiatique.

Chaque tentative arménienne de parvenir à une autonomie qui aboutirait, ainsi qu’ils l’ont fait comprendre, à une administration et domination exclusive par les Chrétiens, ne ferait que susciter une résistance acharnée de la part des Musulmans qui se souviennent très bien du sort que subirent leurs frères en Bulgarie et en Roumélie.

Une guerre sanglante, si ce n’est un massacre d’Arméniens, s’ensuivrait très probablement, un massacre qui ne pourrait être arrêté que par une intervention armée de la part de la Russie, qui se terminerait par une absorption des Arméniens sous domination russe, ce qui signifierait pour eux la perte de leur nationalité étant donné que la Russie est bien moins disposée que la Turquie à soutenir une autonomie voire accepter une indépendance arménienne. (Le reste de la lettre rapporte le refus de rapports consulaires britanniques par le Sublime Portail, ce dernier prétextant que ces rapports aient été inspirés en grande partie par le patriarche
Narses.)

Formule finale
A. H. Layard

N° d’archive : F. O. 424/106, p. 174-sl75, Nr. 81