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Documents sur le thème : « La nation belligérante, de Facto »

samedi 3 novembre 2012, par Redacteur

(2) Communication de M. Pontalls au Département

16 septembre [1914] *.

Le tsar Nicolas a adressé à la population arménienne du Caucase une proclamation dont voici le texte. Elle a été lue par le vice-roi du Caucase -au cours d’une assemblée de notables arméniens et que reproduit le Journal de Genève :

« Arméniens !

Bans un élan sublime les peuples de toute la Grande Russie, de l’Occident à l’Orient, se sont levés à ma voix. Arméniens, après cinq siècles de joug tyrannique où tant des vôtres ont succombé et alors que tant d’autres subissent encore les plus abominables outrages, l’heure de la liberté a enfin sonné pour vous. Le peuple russe se rappelle, non sans fierté, ses illustres enfants arméniens tels les Lazarev, les Melikov et d’autres qui ont combattu à côté de leurs frères slaves pour la grandeur de la patrie. Votre fidélité séculaire m’est un gage que vous saurez en ces jours solennels accomplir votre devoir avec l’inébranlable foi dans le succès final de nos armes et dans notre juste cause.
Arméniens, unis à vos frères sous le sceptre des tsars, vous connaîtrez enfin les bienfaits de la liberté et de la justice. ?

(A.M.A.E., Guerre 1914-1918, Turquie, tome 887, ff. 29-30).


(11) M. Paléologue, Ambassadeur de France à Petrograd, à M. Delcassé, Ministre des Affaires étrangères

T. nv 336. Secret.
Petrograd, le 27 février 1915, 18 h 36. (Reçu : 11 h 15).

Un riche financier arménien résidant à Londres, M. Gulbenkian [sic]1 aurait offert son concours à des financiers de Paris pour acheter quelques membres du parti jeune turc et provoquer une révolution à Constantinople.
Si Votre Excellence croit devoir subventionner cette entreprise, M. Sazonov est prêt à s’y associer.

(A.M.A.E., Guerre 1914-1918, Turquie, tome 849, f. 220).


(129) Kévork V, Catholicos de tous les Arméniens, à M. Vivianl, Président du Conseil, Ministre des Affaires étrangères p. i.

L.i.
Vagharchabad, le 5/18 octobre 1915.
(Reçu : Dir. pol-, 18 mars 1916).

Nous, Kévork V, serviteur de Jésus-Christ et, par la volonté insondable de Dieu, Primat en chef et Catholicos de tous les Arméniens, Patriarche Suprême du Siège Préféré, national et apostolique de la Cathédrale d’Ararat à St. Etchmiadzine, transmettons à Son Excellence Monsieur le Ministre des Affaires étrangères de France,
Notre salut et notre bénédiction paternels et Lui exposons que, douloureusement ému des cris de détresse et d’angoisse de nos ouailles d’Arménie turque, victimes depuis des siècles, — mais surtout depuis l’entrée en scène de la Turquie dans le conflit européen, — des persécutions les plus atroces et les plus cruelles que l’histoire ait jamais enregistrées, Nous avons tourné les yeux vers les États chrétiens qui, depuis plus d’an, combattent pour le triomphe du droit et de la justice, pour l’émancipation des faibles et des opprimés, dans l’espoir inébranlable qu’avec l’esprit d’équité qui les caractérise et les sentiments humanitaires dont ils s’inspirent, les États alliés voudront bien assurer pour notre peuple martyrisé, aussitôt que les circonstances le leur permettent, une vie de paix et de progrès.
Et pour exposer nos griefs, nos vœux et nos aspirations modestes, aux puissances alliées, nous avons délégué de notre part auprès du gouvernement de la République notre fils Boghos Nubar pacha, en lui donnant mandat et pleins pouvoirs pour la défense de la cause arménienne. Il aura seul qualité de nous représenter et de soumettre à votre gouvernement les desiderata de notre peuple.
Que par sa sagesse incommensurable et par sa bonté illimitée, le Tout-Puissant bénisse l’œuvre éminemment civilisatrice des Alliés, et la couronne promptement d’un plein et compact succès pour le plus grand bien de l’humanité.

(A.M.A.E., Guerre 1914-1918, Turquie, tome 887, ff. 218-218 v).
1. L’original de cette lettre est signé du catholicos lui-même et porte le sceau du Mtholicossat arménien d’Etchmiadzine.


(427) Boghos Nubar Pacha, Président de la Délégation Nationale Arménienne, à M. Albert Thomas, Député de la Seine

L.
Paris, le i" décembre 1917.
Je lis dans l’Humanité qu’avec MM. Moutet et Cachin, vous allez voir M. Pichon pour l’entretenir de la situation de la Russie.
Je me permets, vu l’extrême urgence, de vous prier de vouloir bien appeler son attention sur le front du Caucase et de l’Arménie, où il y a grand danger que les troupes russes, qui ont déjà commencé à fraterniser avec les Turcs, ne leur rendent les territoires arméniens (trois des provinces arméniennes sur six) déjà conquis, ce qui modifierait aux dépens des Alliés la carte de guerre et livrerait même aux Turcs le Caucase, aujourd’hui entièrement anti-bolchevik, qui est
en fait une des rares parties de la Russie sur laquelle on pourrait s’appuyer pour empêcher une désagrégation complète, Le seul moyen d’empêcher ces éventualités, c’est de mettre les Arméniens à même de défendre leur sol natal, et pour cela d’aider à concentrer au Caucase les 150.000 soldats arméniens de l’armée russe, disséminés sur les divers fronts.
Le gouvernement de Kércnsky avait déjà, répondant à notre demande, donné des ordres pour cette concentration et il se trouve aujourd’hui 35.000 soldats arméniens sur place, auxquels pourraient s’ajouter des volontaires arméniens sous les ordres du fameux chef Andranik, si on lui donnait un concours en armes, en munitions et en argent. Car nous savons que les soldats russes vendent leurs armes et que ce sont les Tartares qui en achètent de grandes quantités, ce qui constitue un très grave danger. Les Tartares, au nombre de six à sept millions au Caucase, n’attendent que l’arrivée des Turcs pour exterminer les Arméniens et arracher le Caucase à la Russie.
En mettant à la disposition des Arméniens les fonds nécessaires, 30 à 50.000 volontaires répondraient immédiatement et sans nul doute à l’appel d’Andranik et des généraux arméniens de l’armée russe, et constitueraient avec les 35.000 soldats réguliers déjà réunis, et ceux qui les rejoindront encore, une force suffisante non seulement pour tenir tête aux Turcs et sauver les provinces libérées mais même pour avancer par Diarbékir vers la Mésopotamie et faire leur jonction avec l’armée de Bagdad qui avance vers Mossoul.
Je suis en train de faire des démarches dans ce sens au Foreign Office et j’espère que vous voudrez bien de votre côté appuyer ce programme auprès de M. Pichon, vous qui connaissez si bien la situation en Russie pour avoir été sur place.
Je vous prie de m’excuser d’avoir une fois encore recours à votre obligeance, mais la question que je vous soumets n’intéresse pas seulement les Arméniens et les Russes, le front de l’Arménie intéresse tous les Alliés.

(A.M.G., 16 N 3205).


(508) M. Stéphen Pichon, Ministre des Affaires étrangères, à MM. Clemenceau, Président du Conseil, Ministre de la Guerre ; Paul Carnbon, Ambassadeur de France à Londres

L. [31 janvier 1918].
ANNEXE
N. [Copie].
S.l.n.d.
L’Armée arménienne
Le Comité révolutionnaire d’Odessa se fait l’interprète du Comité central des Arméniens de Russie (Tiflis) pour demander à entrer en rapport avec les Français. Ils veulent exposer des questions très importantes concernant le front russe du Caucase et le front anglais de Mésopotamie. Ils ne veulent rien dire aux Russes qu’ils estiment incapables ou vendus.
Ils signalent entre autres choses : contrebande importante de denrées alimentaires, d’or et d’armes par la Perse. Passage d’évadés ennemis civils, officiers et soldats rentrant dans leur pays. Ils disent avoir à Tiflis et sur le front du Caucase des corps de volontaires arméniens qui s’y battent depuis le début de la guerre. Ces éléments, qui auraient conservé un bon esprit constituant une menace pour les organisateurs de désordres, on tente de les dissoudre par tous les moyens, allant jusqu’à ne plus les ravitailler.
Sous prétexte d’alimenter leurs oeuvres et hôpitaux, ils rainassent de l’argent. Le comité d’Odessa, dont nous connaissons le trésorier, avait trouvé dans une semaine 200.000 roubles dans la colonie qui est riche et nombreuse. Ces fonds sont destinés à l’armée. Le chef des Arméniens de Russie est Entranik [sic]3 qui commande leur corps de volontaires à Tiflis. Il offre de venir à Odessa exposer la situation devant un officier français ou un anglais.
Ils mettent leurs comités et leurs ressources à notre disposition au point de vue force armée, renseignements et même aide pour le ravitaillement.

3. Pour Andranik..


(468) Le Ministre des Affaires étrangères [1] à M. Clemenceau, Président du Conseil, Ministre de la Guerre

D. n° 4790. Très urgent.
Paris, le 27 décembre 1917. (Reçu :
Cabinet, 30 décembre).

Me référant aux indications contenues dans votre lettre d’hier, n° 9259-9/113,
j’ai l’honneur de vous faire savoir que la Délégation nationale arménienne est un organisme reconnu par le gouvernement de la République qui traite les affaires intéressant l’Arménie avec son président Boghos Nubar pacha ; cet organisme est également reconnu par les comités arméniens ainsi que par le gouvernement britannique.

(A.M.G., Levant 5 L.O.)


(689) Boghos Nubar Pacha, Président de la Délégation Nationale Arménienne, à M. Jean Goût, Sous-directeur d’Asie au Ministère des Affaires étrangères

L.
Paris, le 23 septembre 1918.
(Reçu : Sous-Dir. d’Asie, 7 octobre).
Nos agents à Marseille, spécialement chargés de l’enrôlement des volontaires arméniens, nous ont fait savoir que, conformément à une décision prise par le ministère de la Guerre, un nombre appréciable de nos compatriotes, prisonniers de guerre des armées turque et bulgare, concentrés en Corse, en Algérie et dans les dépôts de France, ont été autorisés à contracter un engagement pour la Légion d’Orient.
Nos agents, d’autre part, nous ont fait savoir qu’au cours de leurs visites dans les divers camps de concentration, ils avaient constaté que les prisonniers de nationalité serbe ou tchéco-slave jouissaient d’un régime de faveur dont étaient exclus les Arméniens. Je suis persuadé qu’il me suffira de signaler ce fait à votre bienveillante attention pour que vous vouliez bien faire appliquer le même traitement qu’aux Serbes et aux Tchéco-slaves à mes compatriotes, qui ont toujours, et dès la première heure, donné tant de preuves de leur attachement et de leur fidélité à la cause des Alliés et qui seuls de tous les peuples du Caucase ont, après la défection bolchevique, opposé une résistance héroïque à l’avance des Turcs.

(A.M.A.E., E-Levant 1918-1929, Arménie, tome 1, ff. 119-119 v).


(604) Note de la section américaine du Conseil Supérieur de Guerre aux Représentants militaires permanents des Alliés auprès du Conseil Supérieur de Guerre

Traduction.

29 avril 1918.
Le représentant militaire permanent américain a l’honneur de soumettre, à l’examen de ses collègues, la dépêche ci-jointe, qu’il vient de recevoir du Département d’État de Washington :
« L’envoyé spécial du catholicos arménien à Washington vient d’adresser, au Département d’État, un pressant appel au nom de ses mandants. Dans cet appel, il représente qu’une armée de 150.000 Arméniens et Géorgiens pourrait être levée, à condition que les Alliés, au point de vue financier, fournissent une aide substantielle. « Le Département d’État sera heureux de connaître les avis du Conseil Supérieur de Guerre, sur la question de l’aide, au point de vue général, à fournir aux Arméniens, étant donné la gravité de la situation dans le Caucase ».
Signé : Lansing ».
Le représentant militaire permanent américain se propose de demander à ses collègues leurs vues sur cette question, lors d’une future séance.
Général Tasker H. Bliss,
Chef d’État-major général,
Représentant militaire permanent américain.

(A.M.G., 4 N 62).


(700) M. Albert Thomas, Député de la Seine, à M. Stéphen Pichon, Ministre des Affaires étrangères

L.
Paris, le 10 octobre 1918.
(Reçu : Cab., 12 octobre ; Dir. pol., 13 octobre).
J’ai l’honneur de vous adresser ci-inclus un mémoire rédigé par M. Varandian, membre arménien du Comité Socialiste d’Entente entre Nationalités.
M. Varandian y résume la situation de l’Arménie russe et de l’Arménie turque, propose, au nom du Parti socialiste arménien, une solution de la question arménienne, fondée sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et à réaliser sous la garantie de la Société des Nations.
Ce document est destiné à compléter la série des mémoires qui vous ont été adressés par les membres du Comité d’Entente, à la suite de l’audience que vous avez bien voulu leur accorder.

(A.M.A.E., E-Levant 1918-1929, Arménie, tome 1, f. 131).


ANNEXE Mémorandum du Parti socialiste arménien

Paris, [?] septembre 1918.
Conformément au désir exprimé par Son Excellence M. Pichon, Ministre des Affaires étrangères, lors de la réception qu’il a bien voulu accorder à la délégation du Comité Socialiste d’Entente entre Nationalités, le délégué arménien a l’honneur de soumettre à Son Excellence un aperçu succinct des grandes lignes de la question arménienne, et de la solution éventuelle envisagée par le Parti socialiste arménien « Dachnaktsoutiun ».
Déjà avant la révolution, 160.000 Arméniens s’étaient battus dans les rangs russes en Galicie, en Boukovine et dans la Prusse orientale.
En outre, 20.000 volontaires arméniens ont combattu sur le front du Caucase, sous la direction du héros national Andranik et de ses héroïques compagnons d’armes, Vartan, Kéri, Dro, Hamazaspe, Sepouh, Mourad, Achot, Aram, Roupène et autres, tous décorés par le haut commandement, tous militants du parti au nom duquel ce mémorandum est présenté.
Il convient de mentionner aussi les 800 à 1.000 volontaires arméniens qui, dès le début de la guerre, se firent enrôler dans l’armée française et combattirent vaillamment sur divers champs de bataille, souvent dans les premiers rangs. Ils tombèrent presque tous. La plupart furent décorés par les autorités militaires.
Il y a, enfin, aujourd’hui plusieurs bataillons de combattants arméniens en Orient, sous les drapeaux français, participant aux luttes et aux victoires de la Palestine et de la Syrie.
Tous ces faits nous autorisent à penser que la France et ses grands alliés ne manqueront pas de reconnaître la justesse des revendications arméniennes et ne refuseront pas les réparations nécessaires à un peuple qui est la plus grande victime de cette guerre mondiale.
En résumé : Voeu ardent de toute la nation arménienne de voir régler définitivement et simultanément les deux questions de l’Arménie turque et l’Arménie russe, sur la base de la libre disposition des peuples à disposer d’eux-mêmes sous la garantie de la Société des Nations.
Nous demandons : 1° Que les 6 vilayets, d’Erzeroum, de Van, de Bitlis, Kharpout, Diarbékir, Sivas, et la Cilicie soient détachés définitivement de l’Empire turc et jouissent d’une autonomie complète, garantie par la Société des Nations :

2° Que la question de l’Arménie russe trouve sa solution dans un statut lui garantissant le plein développement national au sein d’une République fédérative russe. Enfin, si le processus de l’émiettement de la Russie persistait, l’Arménie russe doit être rattachée à l’Arménie turque et le tout doit être placé sous la garantie de la Société des Nations.

(A.M.A.E., E-Levant 1918-1929, Arménie, tome 1, ff. 132-138).


(757) Le Capitaine Poidebard à M. Clemenceau, Président du Conseil, Ministre de la Guerre

Erivan, le 28 avril 1919.
(A.M.A.E., Europe 1918-1929, Russie, tome 626, f. 18).

ANNEXE
Mémoire du Capitaine Eghlazarov rôle des Arméniens du Caucase pendant la Guerre 1914-1918 après l’abandon du front du Caucase par les troupes russes (décembre 1917 - 30 mal 1918)

[Copie]
Erivan, le 28 avril 1919.
Formation du Comité national arménien pour améliorer la situation des Arméniens de Turquie:Ala fin de l’année 19)2, se forma à Petrograd un Comité national arménien qui avait pour but d’obtenir, avec l’aide des grandes puissances, l’amélioration de la situation insupportable de la population arménienne de Turquie. Les ambassadeurs de France, d’Angleterre, d’Amérique et le ministre des Affaires étrangères de Russie consentirent à participer aux démarches entamées.
Ces démarches eurent un certain succès. On nomma dans les vilayets de l’Arménie turque des gouverneurs généraux de nationalité hollandaise et norvégienne1. Mais l’attitude malveillante de la Turquie empêcha ces derniers de rejoindre leurs postes en Arménie. La guerre ayant éclaté, on ne parla plus de cette question.
La guerre de 1914 et l’attitude des Arméniens : Le parti Jeune Turc prévoyant la guerre avec la Russie, voulut s’assurer contre les hostilités des Arméniens. Il s’adressa au parti arménien « Dachnaktsoutiun » et lui proposa d’aider la Turquie en cas de guerre contre la Russie ; il promettait en retour l’autonomie de l’Arménie après la guerre. Le parti « Dachnaktsoutiun » repoussa cette proposition. La Turquie demanda alors aux Arméniens de rester neutres ; la réponse désirée ne fut pas donnée. Les Arméniens voulurent prendre une part active dans cette guerre avec la Turquie ; par l’intermédiaire de leurs comités, ils demandèrent la permission d’y participer. Ils voulaient défendre ainsi leurs intérêts communs avec ceux des Alliés, puis leurs foyers et leurs familles pour avoir ensuite à la Conférence de la paix le droit moral de demander l’autonomie du peuple qui a tant souffert.
Formation des troupes de volontaires arméniens :
Le gouvernement donna son consentement à la formation des troupes nationales arméniennes ; au mois de septembre 1914, se formèrent 4 détachements commandés par des héros nationaux : Andranik, Dro, Amazaspe [2], et Kén [51c] [3].
Dans chaque détachement, il y avait de 1.000 à 1.200 volontaires. A la tête de l’organisation et du ravitaillement de ces troupes, le « Bureau national arménien ». Un régiment de réserve à Erivan.
Outre cela, les Arméniens remplirent avec enthousiasme les rangs de l’armée russe du Caucase. Dès le commencement des hostilités, ces troupes de partisans travaillèrent en Perse dans la vallée de l’AIachkert et dans la direction d’Olti et méritèrent des mentions flatteuses de leurs chefs russes. Tous les chefs de détachements furent décorés de la croix de Saint-Georges. En été 1916, ces détachements étaient au nombre de 6. Considérés comme réguliers dans l’armée russe, ils furent reformés en bataillons de tirailleurs arméniens et composèrent une brigade.
La révolution russe et le départ des troupes russes du front :
Après la révolution russe et le coup d’État des bolcheviks, l’armée russe du Caucase abandonna le front vers la fin du mois de décembre 1917 et rentra chez elle, laissant les peuples du Caucase se défendre seuls contre l’ennemi qui s’avançait. Ce fut pour garder le pays contre l’invasion turque que se formèrent des troupes nationales ; les corps arméniens, musulmans, géorgiens, et russes, les divisions polonaise et grecque.
Formation du corps national arménien :
Le lieutenant-général Nazar-békov, héros de Van, Mouch, Bitlis pendant la guerre russe de 1914, 1915 et 1916, décoré de la croix de Saint-Georges et de la médaille militaire française, mit toute son expérience et son énergie à former le corps arménien dont il était le chef.
Seuls les Arméniens, enfermés dans un territoire étroit, entourés d’ennemis, ne voulurent jamais trahir les Alliés en cherchant auprès d’un ennemi qu’ils haïssaient la protection de leur existence physique.
Ils restèrent seuls décidés à mourir ou à obtenir une juste solution de leur sort.
Dès le commencement de la guerre, les Arméniens, étant décidés à défendre la cause commune des Alliés, ont :
1- Refusé à la Turquie de la soutenir dans cette guerre. Refus qui coûta la vie à 700.000 Arméniens massacrés en Turquie au début de la guerre ;
2- Formé des troupes volontaires qui, dès le mois d’octobre 1914, collaborèrent aux succès de l’armée russe ;
3- Dès le départ des troupes russes du front du Caucase au mois de décembre 1917, ils créèrent une armée nationale qui, pendant 5 mois, lutta et défendit le pays contre les Turcs.
C’est ce même peuple qui compte avoir maintenant le droit de participer aux grands succès et à la victoire des Alliés et d’être récompensé de tant de souffrances, d’efforts et de victimes.

(A.M.A.E., Europe 1918-1929, Russie, tome 626, ff. 12-17).


(10) Communication de l’Ambassade de Russie au Département

Paris, le 23 février 1915 *.

Le commandant en chef de l’armée du Caucase2 télégraphie à Petro-grad qu’un représentant des Arméniens de Zeïtoun, arrivé à l’État-major de l’armée, a déclaré que près de 15.000 Arméniens étaient disposés à attaquer les communications turques, mais qu’ils manquaient de fusils et de munitions. Zeïtoun étant situé sur la ligne des communications de l’armée d’Erzeroum, il serait extrêmement désirable de faire diriger la quantité nécessaire de fusils et de munitions sur Alexandrette, où les Arméniens en
prendraient livraison. L’action projetée des Arméniens de Zeïtoun étant dans l’intérêt commun des pays de l’Entente, il serait peut-être possible, étant donné l’urgence de la question et l’impossibilité d’introduire ces armes directement de Russie, d’obtenir de la part des gouvernements français et anglais l’envoi des fusils et cartouches susmentionnés dans le port d’Alexandrette, à bord de transports français ou anglais.
Les ambassadeurs de Russie à Paris et à Londres sont chargés de s’enquérir du sentiment des deux cabinets alliés au sujet des suggestions ci-dessus exposées et M. Isvolsky serait en conséquence vivement obligé à Son Excellence Monsieur Delcassé de vouloir bien lui faire connaître le point de vue du gouvernement de la République à cet égard.

(A.M.A.E., Guerre 1914-1918, Turquie, tome 849, f. 214).


(44) M. Meguerditchian, à Boghos Nubar Pacha, Président de la Délégation Nationale Arménienne

T. n° 85.
Alexandrie, le 28 mai 1915, 12 h 35.
Ne voulant s’enrôler dans l’armée turque, Arméniens Zeïtoun se sont retirés dans montagnes ; premier contingent envoyé contre eux anéanti ; ils combattent maintenant contre vingt mille soldats turcs ; leur situation serait alarmante, s’ils n’étaient pas secourus temps utile.

(A.M.A.E., Guerre 1914-1918, Turquie, tome 887, f. 134).


Le Ministre des Affaires étrangères1 à M. Alexandre Millerand, Ministre de la Guerre

D. n° 1477. Confidentiel.
Paris, le 14 avril 1915.
(Reçu : Cabinet, 17 avril ; E.MA., Section d’Afrique, 20 avril).

J’ai l’honneur de vous adresser, ci-joint, en copie, pour votre information confidentielle, une lettre que j’ai reçue du Ministre de la République à Sofia au sujet de l’offre qui lui a été faite par les Arméniens de Cilicie de participer aux opérations des Alliés en Asie Mineure.

Vous trouverez également sous ce pli la copie de la réponse que j’ai envoyée à M. de Panafieu.

(A.M.G., 7 N 2150).


ANNEXe (I) M. de Panafieu, Ministre de France à Sofia, à M. Delcassé, Ministre des Affaires étrangères

D. n° 20.
Sofia, le 3 mars 1915.

A la demande de mon collègue de Russie [4], j’ai reçu aujourd’hui M. Vartanian [5], délégué des comités arméniens, qui est venu m’offrir le concours de ses compatriotes actuellement réfugiés à l’étranger, pour le cas où la Triple Entente aurait l’intention d’opérer un débarquement en Asie Mineure.
Il m’a exposé qu’en dehors des vilayets orientaux dont la population est en grande partie arménienne et qui, après la guerre, passeront vraisemblablement sous la domination russe, il existait plus au sud, en Cilicie, de très importantes agglomérations arméniennes, dans une région qui faisait plutôt partie de la sphère d’influence anglo-française.
Si les gouvernements français et anglais décidaient d’occuper cette région et d’effectuer un débarquement soit à Adana, soit dans le golfe d’Alexandrette, il serait heureux que ses compatriotes soient autorisés à participer à cette oeuvre de délivrance. D’après M. Vartanian, une vingtaine de mille d’Arméniens originaires de Cilicie seraient susceptibles de prendre les armes. Ils habitent tous actuellement l’étranger, soit la péninsule balkanique, soit divers pays d’Europe, soit l’Amérique. Ils devraient être réunis à Chypre à proximité de la côte asiatique, et y recevoir les éléments d’instruction militaire indispensables. Leur armement devrait être bien entendu assuré par la France et l’Angleterre.
J’ai répondu à M. Vartanian que je ne pouvais que soumettre sa proposition à Votre Excellence, que les opérations militaires d’ordre secondaire en Turquie seraient évidemment subordonnées au résultat de l’opération principale actuellement en cours contre les Détroits, et que les états-majors alliés étaient seuls en mesure d’examiner la question qu’il me soumettait.
Le concours d’Arméniens originaires de Cilicie pourrait être particulièrement précieux non seulement comme soldats, mais encore comme éclaireurs et agents de renseignements, dans le cas où un débarquement en Cilicie serait envisagé.
M. Vartanian a fait une démarche analogue auprès du ministre d’Angleterre11 et celui-ci l’a fait connaître de son côté à son gouvernement.

(A.M.G., 7 N 2150).

1. Signé par M. de Margerie.
1- Sir Henry Bax-Ironside.


M. Archag Tchobanian, Secrétaire du Comité arménien de Paris, à M. Jean Goût, Sous-Directeur d’Asie au Ministère des Affaires étrangères

L.
ANNEXE
Paris, le 3 juin 1915.
Aide-mémoire de M. Tchobanian
Londres, le 7 avril 1915.
Les aspirations arméniennes
Les Arméniens ont la conscience d’être une vieille nation possédant une culture personnelle et ayant joué dans l’histoire un rôle significatif. Ils se sentent non seulement malheureux, mais déshonorés, de se trouver assujettis à une race brutale, fourbe et stérile, qui les opprime depuis des siècles et entrave leur marche dans la voie du progrès. Convaincus qu’aucune réforme sérieuse n’est possible dans leur infortuné pays, tant qu’il restera sous la domination du Turc, ils désirent qu’à la fin de cette guerre, qui est menée pour le triomphe du droit, la Russie, la France et l’Angleterre, victorieuses de la tyrannie germano-turque, veuillent bien accorder une solution définitive et équitable à la question arménienne en établissant une autonomie dans les provinces arméniennes de l’Empire ottoman.
L’adjonction de la Cilicie semble aux Arméniens une nécessité pour plusieurs raisons. C’est en Cilicie que s’est développé le dernier royaume arménien, et cette région est encore pleine des souvenirs de ce glorieux passé, où les Arméniens ont lutté la main dans la main avec les Croisés contre les Sarrasins, où Sis, la capitale, a constitué un remarquable foyer d’art et de lettres, où Payas est devenu un moment le plus grand port commercial de l’Orient. Le Zeïtoun a maintenu jusqu’à nos jours une semi-autonomie grâce à l’esprit indépendant de ses braves montagnards. C’est donc le sentiment national, avant tout, qui fait désirer aux Arméniens l’adjonction de la Cilicie, ou Arménie Mineure, aux six provinces de la Grande Arménie, pour former l’Arménie autonome. Mais c’est aussi au point de vue économique que l’adjonction de la Cilicie leur paraît nécessaire. L’Arménie n’a pas de port [6] ; étouffé entre ses chaînes de hautes montagnes, ce pays de climat rigoureux, pauvre et rude en maintes régions, désolé, dévasté par les Turcs et les Kurdes, se reconstituerait et se développerait plus facilement et plus rapidement grâce à la fertile Cilicie et grâce à l’accès qu’il aurait à la mer par le port de Mersina, qui serait un port commercial, non fortifié. Il est vrai qu’en Cilicie les Arméniens ne forment pas la majorité de la population. Cela n’empêche pas cette région d’être avant tout arménienne. Les musulmans y sont de races diverses, Turkmènes, Circassiens, Avchars, Taths, Kurdes, Turcs, etc. ; ces races n’ont de commun entre elles que la religion, elles sont toutes dénuées de culture et de sentiment national [7]. : l’Arménien y constitue encore le groupe ethnique le plus important et le seul élément intellectuel et industriel.

* **
(A.M.A.E., Guerre 1914-1918, Turquie, tome 870, ff. 128-129).


II Note sur une opération militaire en Cilicie

Le Caire, le 24 juillet 1915.

Comme suite à notre note en date du 20 juillet et sur la demande de Son Excellence sir John Maxwell, commandant en chef les forces de Sa Majesté Britannique en Egypte, nous avons l’honneur de résumer ci-après le plan d’action du Comité de Défense nationale arménienne.
Cette action se trouve réduite à une petite opération militaire et pourrait donner des résultats satisfaisants, en attendant que la demande de notre président, Son Excellence Boghos pacha Nubar, relative à un débarquement sur les côtes de la Cilicie, puisse être accueillie en temps plus opportun. Qu’il nous soit cependant permis d’ajouter que ce débarquement n’aurait nécessité que l’emploi d’une force de 10 à 12.000 soldats alliés pour assurer : l’occupation d’Alexandrette, Mersina et Adana (avec les défilés), la jonction d’un corps de volontaires arméniens (10.000 environ), ainsi que le concours effectif de toute la population arménienne de cette région ; car dans une pareille éventualité, nous pourrions compter sur l’appui de 25.000 insurgés arméniens de la Cilicie et de 15.000 insurgés qui accourraient des provinces avoisinantes. Cette force considérable, de 50.000 au moins, réussirait à avancer au-delà même des frontières ciliciennes et constituerait certainement un important facteur pour les Alliés. Nous croyons faire une simple affirmation maintes fois constatée, en disant qu’en Turquie, seules les populations arméniennes de l’Arménie et de la Cilicie ont des tendances insurrectionnelles très accentuées contre le régime turc.
Ce projet est et demeure toujours notre idéal national, et nous nous tenons volontiers, avec tous nos compatriotes, à la disposition des autorités militaires de Sa Majesté Britannique pour sa réalisation.
Notre présente demande, modifiée par suite des considérations qui s’opposent au débarquement immédiat des Alliés, consiste dans l’opportunité de porter notre secours à nos frères persécutés de la Cilicie. Il ne s’agit donc, en réalité, que de quelques opérations préliminaires qui prépareront un terrain propice pour le moment où, peut-être prochainement, le débarquement se fera par les Alliés dans des conditions plus heureuses.
Ces opérations peuvent se résumer ainsi :
1- Se servir de l’île de Chypre comme base d’opérations ; les volontaires arméniens y seront concentrés et les autorités militaires voudront bien délivrer des sauf-conduits aux personnes signalées par notre comité ;
2- Nous autoriser à Chypre d’entrer en relations secrètes avec les côtes de la Cilicie, soit pour nous enquérir de la situation politique et militaire de cette contrée, soit pour y organiser le mouvement insurrectionnel, soit pour transporter des armes et de l’argent ;
3- Affecter des officiers à la préparation des volontaires arméniens ;
4- Les autorités militaires de Chypre voudront bien faciliter le transport des troupes de volontaires en Cilicie ;
5- " En principe, nous pourvoirons nous-mêmes aux besoins de nos volontaires. Le gouvernement de Sa Majesté Britannique décidera, s’il le juge opportun, de faire accompagner les volontaires par des officiers, d’accorder des secours en armes et munitions, d’appuyer l’opération par un petit contingent naval ou militaire, etc. ; cette assistance effective ne dépendra que de la bienveillance du gouvernement britannique ;
6- Les autorités militaires auront la haute surveillance, et même la direction, si elles le désirent, de toutes ces opérations ;
7- Les autorités militaires britanniques et le Comité de Défense arménienne seront toujours en rapports directs ; les autorités donneront les instructions et le comité leur fournira tous les renseignements qu’il" pourra recueillir de la Cilicie.

Si nos opérations doivent être limitées dans leurs plus étroites lignes, le nombre de nos volontaires pourra être de suite de 5.000, mais dès les premiers succès ou en cas d’un débarquement des Alliés, ce chiffre pourra atteindre 10.000.
Avec ces forces nous pouvons exécuter les opérations suivantes :
1- Occuper et mettre en état de résistance Suédieh ou le Moussa Dagh et Kessab ou le Djebel Akran. Ces deux localités sont peuplées, avec les villages des deux rives du fleuve Oronte, de 25.000 Arméniens ;
2- Occuper Deurt-Yol, sur le golfe d’Alexandrette, et en réunissant les populations arméniennes du voisinage, organiser une sérieuse résistance ;
3- En cas de succès des deux premières opérations, nous pouvons tenter d’occuper Alexandrette et le défilé de Beïlan ;
4- Dans tous les cas nous pouvons concentrer des insurgés dans les montagnes et étendre le système de guérillas dans toute la Cilicie ; si les circonstances nous aident, nous pourrons occuper quelques positions stratégiques dans les localités peuplées d’Arméniens, comme à Hadjin, Sis, etc…
5- Nous pouvons également, et sur une grande échelle, couper les fils télégraphiques, abîmer les lignes de chemin de fer, faire sauter les ponts, et ainsi rompre les moyens de communication de l’ennemi.

Nous devons commencer immédiatement de nous mettre à l’œuvre pour l’exécution de ce modeste projet, non seulement parce que nos malheureux compatriotes implorent d’urgence notre secours, mais aussi parce que dans deux mois les pluies commencent à tomber dans les montagnes, les fleuves débordent et les routes deviennent impraticables.
Si nos volontaires et insurgés parviennent à occuper quelques positions importantes, les Turcs ne pourront pas employer leurs forces pendant toute la durée de la saison d’hiver.

(A.M.A.E., Guerre 1914-1918, Turquie, tome 870, ff. 130-131 v).


M. Defrance, Ministre de France au Caire, à M. Delcassé, Ministre des Affaires étrangères

D. n° 298.
Le Caire, le 29 septembre 1915 [8].
(Reçu : Cabinet et Dir. pol., 11 octobre).
M. Malézian, Arménien, avocat au Caire et secrétaire général de l’Union générale arménienne et du Comité de la Défense nationale arménienne, est venu dernièrement me voir pour m’entretenir de diverses questions relatives aux Arméniens du Djebel Moussa actuellement réfugiés à Port-Saïd.
Il m’a notamment parlé du désir de ceux de ses compatriotes qui sont en état de porter les armes d’être renvoyés en Cilicie pour y combattre les Turcs, conformément à un projet déjà formé depuis quelque temps et soumis à l’autorité militaire britannique.
Sur ma demande, M. Malézian m’a fait parvenir la copie des deux notes ci-jointes adressées à ce propos au général Maxwell.
Ces deux notes sont des 20 et 24 juillet ; elles datent, par conséquent, de plus de deux mois et la première se réfère à une note antérieure, la dernière mentionne qu’elle a été rédigée sur la demande du général Maxwell. Ceci démontre que, bien avant le sauvetage par nos croiseurs des Arméniens du Djebel Moussa, les autorités militaires anglaises envisageaient l’opportunité d’encourager et d’appuyer un mouvement insurrectionnel arménien dans la région d’Alexandrette.
Il est, en outre, intéressant de remarquer que l’opération indiquée dans le plan du comité arménien, comme devant être effectuée en premier lieu, est l’occupation et la mise en état de résistance de Suédieh avec le Moussa Dagh et de Kessab avec le Djebel Akran. Or, la région de Suédieh est celle dont sont originaires les Arméniens réfugiés à Port-Saïd et le Moussa Dagh est le Djebel Moussa, montagne sur laquelle les Arméniens ont résisté pendant quarante jours aux Turcs et qu’ils n’ont évacuée, étant à bout de munitions, que pour se réfugier à bord de nos croiseurs.
Cette première opération s’est donc déclenchée spontanément, mais sans l’aide extérieure qui, seule, aurait pu la faire réussir. La longue résistance opposée par les 500 Arméniens du Djebel Moussa, malgré leur manque de ressources en armes (260 fusils seulement) et en munitions et l’isolement dans lequel ils se trouvaient, prouve cependant que le plan du Comité de Défense arménienne était bien conçu et qu’il eût été facile aux Alliés, s’ils l’avaient estimé opportun, de créer aux Turcs des difficultés considérables en Cilicie et dans le nord de la Syrie.
Étant donné la saison avancée, les massacres et les déportations en masse des Arméniens, un mouvement de cette nature rencontrerait, sans doute, actuellement, sur ce point spécial, des conditions moins favorables.
J’ai, en tout cas, répondu à M. Malézian qui m’interrogeait sur l’utilisation immédiate des 500 Arméniens valides, que débarquer ces hommes sur la côte en les abandonnant à eux-mêmes serait vraisemblablement les vouer à l’écrasement et à la mort, qu’ils me paraissaient ne pouvoir entreprendre aucune action utile sans être soutenus par les forces régulières, mais qu’une opération particulière de ce genre dépendait nécessairement des opérations générales et qu’il me. »Irait impossible, en ce moment, pour les Alliés, de rien entreprendre. Nouveau en dehors du théâtre actuel de la guerre.

(A.MA.E., Guerre 1914-1918, Turquie, tome 870, ff. 126-127).


Le Contre-Amiral Darrieus, Commandant la 2e Division et p. i. la 3e Escadre de la Méditerranée, à M. Victor Augagneur, Ministre de la Marine

D. n° 318.
A bord du Jauréguiberry,
Rade de Port-Saïd, le 2 octobre 1915.
(Reçu : Cab., 14 octobre ; E.M.G., 3e section, 16 octobre).
Le nombre des fusils mauser existant à Port-Saïd et les approvisionnements en munitions correspondants, pris à l’armée turque lors de l’attaque du canal de Suez, sont assez considérables pour permettre d’armer immédiatement les 1.000 ou 1.100 Arméniens susceptibles de porter les armes. La question de leur armement peut donc être solutionnée rapidement. Il n’en est pas de même de leur encadrement et de leur formation militaire. Débarqués au Djebel Moussa, les Arméniens nous rendraient incontestablement de précieux services ; leur présence constituerait une menace perpétuelle pour les Turcs, et nous permettrait d’obtenir, par l’intermédiaire des agents, de nombreux renseignements sur les mouvements des troupes ottomanes dans la région d’Antioche, Alexandrette, Beïlan et Alep.
J’ai pu me rendre compte, par les conversations et la façon d’agir des Arméniens, qui m’ont fidèlement tenu au courant des suggestions anglaises, que leur état d’esprit est actuellement nettement francophile.
C’est de la France seule qu’ils attendent un appui et une intervention. Mais il n’est pas douteux que, dans leur hâte de retourner en Syrie, ils accepteraient l’aide qui leur est offerte par les autorités anglo-égyptiennes, si l’intervention française devait se faire attendre trop longtemps.

(A.C.M., SS Ed 125).



- Télécharger le dossier complet "UN MYTHE DE LA TERREUR" de Erich Feigl


[1Du 26 décembre, non reproduite

[2Du ministère de la Guerre de la République d’Arménie.

[3MM. Westenenk et Hotî respectivement

[4M. Savinsky

[5Erreur vraisemblablement pour : M. Varandian

[6Mention marginale du Ministre : Son port naturel est Trébizonde.

[7Autre mention marginale du Ministre : Oui mais ils sont musulmans et en Orient il v a des questions de religion plus que de races

[8Annotation initiale manuscrite du Ministre : Communiquer à Londres, en indiquant qite
nous approuvons la réserve de M.. Defrance, et qu’une insurrection tentée dans ces conditions
ne conduirait qu’à des massacres généraux dont les Alliés porteraient la responsabilité.